samedi 7 septembre 2013

Une drôle de famille, page 6

Le coup de klaxon la fit sursauter. Elle était de nouveau partie dans ses pensées. Elle enclencha la première vitesse, mais était si nerveuse qu'elle lâcha l'embrayage trop vite et cala. Une longue série de coups de klaxons retentit.

« Bon, tu la bouges ta caisse?! Tu veux que je t'aprennes à conduire?! Allez, bouge salope! »
Elle démarra, passa au feu orange et se fit doubler par le gars qui l'avait insultée et qui venait gentillement de lui faire un doigts d'honneur.

«Tous des emmerdeurs!, pensa-t-elle. »
Elle tourna à droite, puis à gauche arrivant dans une avenue complètement bouchée. Elle pesta, fouilla dans la boîte à gant, en sortit un paquet de cigarette. Un briquet tomba et elle dût se pencher pour le ramasser. On klaxonna. Elle se releva, maugréant contre ces crétins d'impatients, et roula jusqu'à la voiture précédente qui n'était qu'à quelques mètres. Elle alluma une cigarette qu'elle fuma d'un air absent.
Quelques minutes plus tard, elle était toujours dans le bouchon, écrasant sa deuxième cigarette dans un petit cendrier en pâte à sel et décida d'allumer la radio. Elle changea de chaîne plusieurs fois, mais comme aucune ne l'intéressait elle fouilla de nouveau dans la boîte à gant, en sortit une cassette audio et la mis dans le poste de la voiture.
Une douce mélodie retentit, et la voix de la chanteuse retentit. Elle reconnut la chanson d'un groupe qu'écoutait beaucoup sa fille :

I held you tight to me
But you slipped away
You promised to return to me
And I believed, I believed

A l'écoute de ces paroles, elle ressentit un profond sentiment de tristesse et se mordit la lèvre, sentant les larmes monter. Elle se dégagea de la file interminable de voiture en empruntant une petite ruelle annexe. Elle roula pendant plusieurs minutes puis s'arrêta à la première place de parking disponible, près d'un parc. A peine le moteur fut coupé qu'elle fondit en larme, s'appuyant contre le volant. La chanson prit fin, laissant place à une mélodie toute aussi douce. Sa fille ne cessait de la chanter pour aider les deux petits bouts de choux à s'endormir le soir. Ses sanglots reprirent de plus belle. Elle éteignit l'autoradio, s'essuya les yeux pour se redonner une contenance mais ne put résister au sentiment de désespoir qui s'était emparé d'elle.
Comment tout cela avait-il pu lui arriver? Qu'est-ce qui lui était passé par la tête pour qu'elle puisse agir ainsi? Elle ne savait plus que penser, elle avait pris une décision, pensait pouvoir l'assumer, mais voilà qu'une simple chanson remettait tout en question.
Ses sanglots se calmèrent peu à peu. Elle réfléchit pendant plusieurs minutes, puis soudainement, attrappa son sac à main, en sortit son portable. Elle le fixa des yeux pendant plusieurs secondes, prit une profonde inspiration et tapa fébrilement sur son clavier.
« Allo?... Vincent?... C'est maman. »

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